Un autre appel à manifester le 21 juin à Paris

Publié le par Des comités de soutien

Des comités de soutien aux inculpés de Tarnac, à ceux qui luttent
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On se bat aujourd’hui, comme hier, comme avant-hier, comme toujours, des
hommes et des femmes se battent, pour leurs droits, pour garder leur
emploi, pour travailler moins ou moins durement, pour des salaires moins
rachitiques ; partout on se bat pour la liberté, pour son hôpital ou
contre la prison, pour trois sous, pour des médicaments, pour l’honneur,
pour les allocations, on se bat pour ses amis, sa soeur, son père, son
frère ou sa mère, pour sauver la recherche, pour l’idée qu’on se fait de
l’éducation ou de la psychiatrie ; pour plus d’avantages, pour moins de
soucis, on se bat pour sa survie, on se bat parce qu’on ne veut pas crever
ou parce que l’on crève de rage, ou bien encore parce que le mépris des
gouvernants et des patrons, des juges et des contrôleurs sociaux, des
cabinets d’études, des experts, des connards patentés et de ceux qui vous
expliquent qu’il faut patienter encore, encaisser un petit peu plus, sous
peine de payer de sa peau – parce que le mépris qu’on nous oppose est si
évident et si insolent, on se bat aussi sans savoir bien pourquoi mais
parce que ça vous tombe dessus ; partout, toujours, on se bat. Les raisons
ne sont pas à discuter, la force qui les habite se charge de leur donner
raison. Mais à coup sûr on se bat aujourd’hui avec plus de sérieux
qu’hier, avec plus de sérieux qu’il y a dix ans, on se bat avec plus de
sérieux qu’on ne l’avait fait depuis longtemps. On n’est moins prêts à se
faire virer, massacrer ou affamer sans conséquence. Quand une
délocalisation comme il y en a tant entraîne la destruction d’une
préfecture (Continental), quand les employés d’ErDF et de GrDF rappellent
par les faits qu’être employé dans les secteurs de l’énergie c’est aussi
être en mesure d’éteindre la machine, quand on sort le canon pour garder
son hôpital (Carhaix), voilà qui est sérieux, voilà qui a le mérite de
rappeler que l’histoire est une puissance dont les hommes peuvent à chaque
instant se ressaisir, au grand dam de ceux qui en sont, temporairement,
les vainqueurs.

A ce sérieux du peuple, et comme en miroir, répond le mépris des
gouvernants et des gestionnaires, leur mépris sans limite, et ceci est
leur forme de sérieux propre, c’est le sérieux des gouvernants. A ce
sérieux du peuple, à ce sérieux qui est plein d’histoire, qui est plein de
l’histoire du peuple, à ce sérieux qui est le retour de l’histoire, les
gouvernants opposent leurs airs de bouffons grimaçants, leurs airs de
courges satisfaites à Saint-Tropez, la nouvelle petite Marie-Antoinette
présente son caniche à la presse, on organise comme de rien des sommets
sur l’immigration, à Vichy bien sûr. Mais cela n’est pas tout. Il faut au
sérieux vacillant de nos petits maîtres une quille, comme en ont les
bateaux, une quille pour ne pas basculer trop fort, à la première vague.
Et cette quille, c’est la peur. Au fait tout simple, au fait très
élémentaire, et de toujours, que des hommes et des femmes se battent, on
invente des noms de croquemitaine. C’est ainsi qu’on produit sur la scène
médiatique les « casseurs », les « bandes » et les « terroristes », les «
jeunes des cités » ou les « clandestins », comme on présentait jadis les «
sorcières » au public avant de les brûler. Par un usage savant et
crapuleux des nomenclatures, le journal de 20h et les discours des
ministres ont rebaptisé, pour les lui rendre étrangères et odieuses, des
techniques de lutte qui ont toujours appartenu au peuple, et notamment au
mouvement ouvrier : il est devenu banal d’appeler une simple grève une «
prise d’otages », on a même essayé récemment de qualifier un sabotage sans
danger « d’attentat terrroriste ». Contre les sorcières, c’est bien connu,
tout est permis. La prison bien sûr, avec ou sans procès, les contrôles
judiciaires exorbitants, qui fixent les lieux d’habitation et les trajets
autorisés, interdisent à l’ami de voir l’ami, au frère de voir la soeur ;
et, quand « l’ennemi intérieur » est suffisamment avéré, par sa mauvaise
naissance par exemple, les vexations infinies, les attaques de la police,
à l’occasion le massacre. Tout ceci, les dénonciations publiques, les
fabriques d’épouvantails, les dispositions pénales et militaires, visent
d’abord à défaire les liens, les liens non-neutres, qu’il y a entre les
êtres, les liens politiques. Les liens ne cessent pas quand on le leur
demande, ils ne connaissent pas de Grenelle,l’amitié est la chair du
politique – ou bien le politique est une insanité. Évidemment, nous avons
besoin de bien plus qu’une manifestation, il nous faut des liens plus
durables et plus joyeux, à la mesure du sérieux de la situation. Mais
cette manifestation-là pourrait être une première rencontre, c’est notre
invitation. Faites comme chez vous.

RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h - MANIFESTATION
PARIS - RER LES HALLES - Fontaine des innocents

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